« Premium », « super premium », « ultra premium » : au rayon croquettes, les sacs montent en gamme à coups d’adjectifs, et les prix suivent. Avant de payer plus cher, une question simple mérite une réponse précise : que garantit vraiment la mention « ultra premium » sur un paquet de croquettes pour chat ? Cet article compile ce qu’en disent le règlement européen sur l’étiquetage des aliments pour animaux, les lignes directrices nutritionnelles de la FEDIAF (la fédération européenne des fabricants) et le Merck Veterinary Manual. Aucun produit n’a été essayé pour l’écrire : l’objectif est de vous donner une grille de lecture utilisable devant n’importe quel sac.
En bref : ce qu’il faut retenir
Ce que la mention peut signaler
- ✓ Un positionnement haut de gamme voulu par le fabricant, souvent associé à une recette plus riche en protéines animales.
- ✓ Une invitation à regarder l’étiquette de près : les marques qui visent ce segment détaillent généralement leur composition.
Ce qu’elle ne garantit pas
- ⚠ Aucun texte ne définit « ultra premium » : ni seuil de protéines, ni liste d’ingrédients, ni contrôle spécifique.
- ⚠ Deux sacs portant la même mention peuvent afficher des compositions très différentes.
- ⚠ Le taux de glucides, souvent cité dans les débats sur les croquettes, ne figure pas sur l’étiquette européenne.
La bonne méthode : ignorer l’adjectif, lire trois rubriques (la mention « aliment complet », la composition, les constituants analytiques) et comparer les sacs sur la même base.
« Ultra premium » : une mention commerciale, pas une catégorie officielle
L’étiquetage des aliments pour animaux est encadré dans l’Union européenne par le règlement (CE) n° 767/2009. Le mot « premium » n’y apparaît pas, pas plus que « super premium » ou « ultra premium ». Il est également absent de l’édition 2025 des lignes directrices nutritionnelles de la FEDIAF, le document de 98 pages qui sert de référence aux fabricants européens pour formuler un aliment complet.
Cela ne veut pas dire que tout est permis. Le même règlement prévoit que l’étiquetage ne doit pas induire l’utilisateur en erreur sur les caractéristiques ou la composition du produit (article 11), et qu’une allégation doit être « objective, vérifiable par les autorités compétentes et compréhensible pour l’utilisateur » (article 13). Mais entre ces deux garde-fous, le choix d’un adjectif de gamme reste à la main de chaque marque.
- ➜ « Ultra premium » n’est ni un label, ni une certification, ni un niveau de qualité contrôlé.
- ➜ Ce qui est encadré, ce sont les informations obligatoires imprimées en petits caractères au dos du sac.
Conseil pratique : retournez le sac avant de regarder la face avant. Tout ce qui permet de comparer deux croquettes se trouve au dos.
Les trois rubriques de l’étiquette qui comptent vraiment
1. « Aliment complet » ou « aliment complémentaire »
Le règlement définit l’aliment complet comme un aliment qui, « en raison de sa composition, suffit à assurer une ration journalière ». Un aliment complémentaire, lui, ne couvre les besoins que s’il est associé à autre chose. Pour une croquette donnée tous les jours, c’est la première mention à chercher, bien avant l’adjectif de gamme.
2. La composition
Les matières premières sont listées par ordre de poids décroissant (article 17). Trois détails changent la lecture :
- ➜ L’ordre est établi en tenant compte de la teneur en eau des ingrédients, ce qui rend délicate la comparaison entre une viande fraîche et une viande déshydratée placées au même rang.
- ➜ Pour les animaux de compagnie, le fabricant a le droit de remplacer le nom précis d’un ingrédient par celui de sa catégorie. Une liste nominative (« poulet déshydraté », « saumon ») en dit donc plus qu’une liste par catégories.
- ➜ Quand un ingrédient est mis en avant par des mots ou des images sur l’emballage, son nom et son pourcentage en poids doivent être indiqués.
L’article 19 ajoute une obligation peu connue : l’étiquette d’un aliment pour animal familier doit mentionner un numéro de téléphone gratuit ou un autre moyen de contact permettant d’obtenir des précisions sur les additifs et sur les ingrédients désignés par catégorie.

3. Les constituants analytiques
Pour les aliments destinés aux chats, le règlement impose d’afficher quatre valeurs : protéine brute, matières grasses brutes, cellulose brute et cendres brutes (annexe VII). La teneur en eau, elle, n’est obligatoire qu’au-delà de 14 % (annexe I). Or, d’après le Merck Veterinary Manual, les aliments secs contiennent entre 3 et 11 % d’eau : beaucoup de sacs de croquettes n’ont donc pas à l’indiquer.
Conseil pratique : si l’humidité ne figure pas sur le sac, demandez-la au fabricant. Elle sert au calcul de la section suivante.
Protéines : le repère chiffré de la FEDIAF
Faute de définition du mot « ultra premium », le seul repère chiffré commun est le minimum recommandé par la FEDIAF pour un aliment complet. Dans l’édition 2025 (tableau III-4a), il est exprimé pour 100 g de matière sèche :
- ➜ Chat adulte : 25 g de protéines pour un besoin énergétique d’entretien de 100 kcal par kg de poids métabolique, 33,3 g quand ce besoin est fixé à 75 kcal.
- ➜ Croissance et reproduction : 28 g et 30 g.
- ➜ Taurine dans un aliment sec : 0,10 g pour 100 g de matière sèche (0,13 g dans le cas du besoin énergétique à 75 kcal).
Ces chiffres sont des planchers pour qu’un aliment soit complet, pas une définition du haut de gamme. Ils permettent en revanche de situer un sac. Attention à la base de calcul : l’étiquette donne des pourcentages sur le produit tel qu’il est vendu, eau comprise. Pour passer à la matière sèche, on divise par la part de matière sèche. Exemple purement arithmétique : une croquette affichant 32 % de protéine brute et 8 % d’humidité contient 32 / 92, soit environ 34,8 % de protéines sur matière sèche.
Un taux de protéines ne dit pas tout : la protéine brute additionne les protéines animales et végétales. C’est la liste des ingrédients, lue juste avant, qui renseigne sur leur origine.
Conseil pratique : comparez toujours deux sacs sur matière sèche, jamais sur les pourcentages bruts, surtout si l’un des deux est une pâtée.
Glucides : l’information qui manque sur le sac
Les croquettes présentées comme ultra premium mettent souvent en avant un faible taux de glucides ou l’absence de céréales. Deux sources permettent de remettre ce point en perspective.
- ➜ Selon le Merck Veterinary Manual, les glucides alimentaires ne sont pas considérés comme des nutriments essentiels pour un chat adulte qui ne se reproduit pas.
- ➜ Selon la fiche de la FEDIAF sur les glucides, ceux-ci ne sont pas un nutriment essentiel mais fournissent une source d’énergie facile à utiliser, l’amidon doit être bien cuit pour être digéré, et sa gélatinisation est « une partie cruciale » du procédé d’extrusion qui donne sa forme à la croquette.
Autrement dit, une croquette contient de l’amidon pour des raisons de fabrication, quelle que soit sa gamme. La même fiche de la FEDIAF précise que les étiquettes européennes indiquent la cellulose brute mais pas les glucides digestibles, et renvoie vers le fabricant pour les obtenir. Une mention « sans céréales » décrit donc les ingrédients, pas une teneur en glucides : c’est le cas par exemple des croquettes sans céréales Atavik déjà présentées sur le site.
| Ce que vous lisez sur le sac | Encadré par un texte ? règlement (CE) n° 767/2009 |
Où le vérifier |
|---|---|---|
| « Premium », « super premium », « ultra premium »mention de gamme | – aucune définition | Nulle part : choix du fabricant |
| « Aliment complet » | ✓ article 3 | Dénomination du produit |
| Ingrédients par ordre de poids décroissant | ✓ article 17 | Rubrique « Composition » |
| Pourcentage de l’ingrédient mis en avant | ✓ article 17 | Rubrique « Composition » |
| Protéine, matières grasses, cellulose, cendresvaleurs brutes | ✓ annexe VII | Rubrique « Constituants analytiques » |
| Humidité | Obligatoire au-delà de 14 % seulement | Sur le sac ou auprès du fabricant |
| Glucides digestibles | – non prévus sur l’étiquette | Auprès du fabricant |
Conseil pratique : utilisez le contact imprimé sur le sac pour demander l’humidité et le taux d’amidon. La réponse, ou son absence, est un critère de choix en soi.
Choisir une croquette haut de gamme en cinq questions
- ➜ Est-ce un aliment complet ? Si la mention manque, le sac ne peut pas constituer la ration quotidienne à lui seul.
- ➜ Les ingrédients sont-ils nommés ? Une liste nominative, avec le pourcentage des ingrédients mis en avant, se compare plus facilement qu’une liste par catégories.
- ➜ Quel taux de protéines sur matière sèche ? Faites le calcul et situez-le par rapport aux repères de la FEDIAF.
- ➜ Le fabricant communique-t-il l’humidité et les glucides ? Ces deux valeurs ne sont pas obligatoires sur une croquette, leur disponibilité dépend de lui.
- ➜ Quel prix au kilo ? Ramenez chaque sac au kilo, puis à la ration journalière indiquée par le fabricant pour le poids de votre chat : un sac plus cher mais plus dense peut revenir au même prix par jour.
Aucune marque n’est recommandée ici : les prix et la disponibilité des références envisagées n’ont pas pu être vérifiés au moment de la rédaction, et un adjectif sur un sac ne suffit pas à établir un classement.
Autour de la gamelle : l’eau et le partage
Quel que soit leur niveau de gamme, les croquettes restent un aliment sec. Le Merck Veterinary Manual rappelle que les animaux nourris surtout au sec boivent davantage que ceux nourris à la pâtée, que les chats boivent souvent peu, et recommande de multiplier les points d’eau. Si votre chat boude son bol, notre comparatif des fontaines à eau pour chat détaille les modèles selon la matière, le bruit et le coût des filtres.

Autre cas fréquent : un foyer avec plusieurs chats où un seul passe à une croquette plus coûteuse. Sans précaution, le sac se vide dans la mauvaise gamelle. Les distributeurs à puce SureFeed, dont le couvercle ne s’ouvre que pour le chat enregistré, répondent précisément à ce problème.
Conseil pratique : si vous hésitez entre deux sacs pour un chat qui a un besoin particulier (surpoids, grand âge, trouble digestif), montrez les deux étiquettes au professionnel qui le suit plutôt que de trancher sur la mention de gamme.
Crédits photos. « Dry cat food 03 ft. Remus », Anne Jea., Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. « Cat food (pellets and water) », Deavmi, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Images redimensionnées.
